Non à une Ecopolis (ville écologique) à Cambaie
Photo : L’axe routier qui traverse la zone de Cambaie et qu’empruntera aussi le futur tram-train.
Une continuité des politiques entre Alain Bénard et Huguette Bello dans le domaine de l’aménagement du territoire est impossible.
Pendant son séjour à la Réunion, Yves Jégo, le secrétaire d’État à l’Outre-mer a proposé à Huguette Bello, la toute nouvelle maire de Saint-Paul, de faire de sa ville un modèle de ville écologique, « un exemple pour la nation », a-t-il dit. Une Ecopolis.
Alain Bénard aurait sauté de joie à entendre une telle proposition si un dimanche 16 janvier 2 008, 2e tour des municipales, le sort lui avait été favorable. Hélas pour lui, la commune de Saint-Paul est passée à gauche ! Mais à l’heure où des beaux esprits prétendent que les projets d’aménagement ne sont ni de droite ni de gauche – projets au sens global recouvrant les objectifs, les choix financiers, le calendrier et les impacts concernant l’imbrication de toutes les questions se rapportant à l’équilibre du territoire –, tellement tout le monde est gentil, républicain, moderne et préoccupé uniquement du bien commun –, le ministre a cru devoir transmettre immédiatement le projet d’une « éco-ville » à Cambaie au nouveau pouvoir municipal.
Préoccupé qu’il fût à se donner une image de serviteur de l’État qui se doit en ce moment de donner dans le consensus tous azimuts, et certainement briffé dans ce sens à Paris, le ministre a sans doute oublié de faire une mise à jour de ses fiches avant son premier contact avec le terrain. Huguette Bello dans sa campagne électorale avait particulièrement mis l’accent sur la pénurie qui touche le logement dans sa commune ; nombreux, pour elle, sont les quartiers qui devront être « dotés de logements adaptés, de moyens de communication modernes, d’équipements de qualité ». Aussi, sa réponse au ministre a été nette : « je ne veux pas d’Ecopolis » ; « je ne veux pas d’une enclave écologique mais du développement durable sur tout le territoire de la commune ».
Ce n’est pas qu’elle soit insensible aux problématiques environnementales et à la nécessité d’associer harmonieusement croissance économique et développement durable. Bien au contraire ! Ces questions ont constitué un pan très fort et bien développé durant sa campagne. Pour elle, une Eco-Ville à Cambaie (dans cette zone littorale à aménager qui va de l’Etang de Saint-Paul à la Rivière des Galets) ne pourrait être en effet qu’une enclave riche. Parce qu’ayant attiré beaucoup de fonds publics et que les populations des quartiers défavorisés et situés juste en arrière, dans la zone des mi-pentes, à Sans-Souci, au Hangar, à Chemin-Macé, et même au Bellemène auraient vu leurs besoins toujours insuffisamment pris en compte pendant que le progrès exploserait à leurs pieds, à Cambaie. C’est la promesse de sortie de cette logique qui a sans doute contribué à donner l’avantage au camp progressiste lors des dernières municipales. Non qu’elle ait voulu refuser tout projet d’avant-garde et susceptible de tirer la croissance du pays en général, mais parce qu’elle s’est volontairement donné la priorité à « une offre diversifiée de logements », pour les gens en difficulté mais aussi pour les classes moyennes. Sans vouloir uniformiser les quartiers, elle vise avant tout à les sortir de leur retard, pour pouvoir parler ensuite de « la vraie ville que doit devenir Saint-Paul ».
Les projets montés ici ou là, fussent-ils les plus brillants, les plus modernes, ne doivent pas cacher des logiques d’aménagement qui servent avant tout des intérêts particuliers.
Il s’agit de respecter la loi SRU (Solidarité et Renouvellement urbains ; 20 % des logements sociaux dans les projets), ce que l’ancienne municipalité ne faisait pas, quitte à payer de lourdes amendes, et de se lancer dans une vraie politique de réserve foncière. Il sera difficile d’y arriver si la commune ne se donne pas les moyens « en recourant au droit de préemption », certes, mais aussi à des procédures d’expropriation pour utilité publique. Cette procédure n’a pas été faite uniquement pour des petits particuliers mais aussi pour des détenteurs de gros patrimoines fonciers. Surtout quand ces derniers disposent de terrains où la savane et la rocaille peuvent se transformer en or à la réalisation d’équipements publics permettant ainsi de fructueuses opérations de spéculation immobilière. L’argent public ne doit pas anticiper et préparer des profits du privé sans que la collectivité ne réussisse à sauvegarder ses intérêts fondamentaux ; ce qui ne veut pas dire qu’un bon partenariat public privé, en toute transparence, ne doit pas être recherché.
« Saint-Paul » doit adopter rapidement un PLU efficace (Plan Local d’Urbanisme), et, avec les autres communes du TCO (Territoire de la Côte Ouest), agir pour mettre en œuvre les directions retenues dans le SCOT (Schéma de cohérence Territoriale) de cette communauté d’agglomération.
Le PLU de la commune, et sa cohérence avec le SCOT, dans le respect des préconisations du SAR (Schéma d’Aménagement régional) – qui n’a malheureusement pas été jusqu’ici mis à jour par la Région –, est un défi majeur auquel Huguette Bello aura à faire face. Parce que « Saint-Paul » a perdu l’habitude de réussir la mise au point de ces documents d’urbanisme : hier, la révision du POS (Plan d’Occupation des Sols) n’a jamais abouti sous les mandatures de Cassam Moussa et de Joseph Sinimalé ; tout récemment, le PLU n’a pas pu être mené à terme par Alain Bénard.
La nouvelle équipe au pouvoir ne pourra pas malgré le temps qui passe faire l’économie de toute la concertation exigible en la matière et de la plus grande transparence dans les communications et les débats à lancer pour bien faire saisir à la population les enjeux. Autrement, cette même population ne comprendrait pas, par exemple, pourquoi on déclasse ici et pas là et pourquoi on pourrait exproprier tel propriétaire et pas tel autre. Et quelle est la juste utilisation de l’argent public dans cette affaire ! Sur toutes ces bases, assurément, demain l’aménagement de la zone de Cambaie, entre autres, sera de plain-pied dans l’actualité.