La députée Huguette Bello prend « Saint-Paul »
Photo : Huguette Bello, sous capeline, à une
manifestation au Jardin de l’État à Saint-Denis.
La situation n’a jamais été aussi favorable à la gauche :
La commune de Saint-Paul a basculé à gauche au 2e tour des municipales de 2 008. Un événement attendu : Huguette Bello, la députée communiste, a décroché son 3e mandat dans la 2e circonscription
de la Réunion (La Possession, Le Port, Saint-Paul et Trois-Bassins) lors des législatives qui ont suivi l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, avec cette fois-ci un
élément annonciateur d’un beau match pour les prochaines municipales. En effet, au 2e tour de ces législatives, pour la première fois, elle a devancé Alain Bénard, son adversaire de droite, sur
son propre territoire, la commune de Saint-Paul. Signe qu’elle était maintenant portée par une opinion publique qui allait au-delà de la traditionnelle réserve communiste et même de la gauche en
général dans cette circonscription. À Saint-Paul, jusqu’ici, la candidate communiste semblait plutôt viser l’entretien de l’électorat de son parti, le PCR, en vue d’objectifs plus larges sur le
plan régional, tellement la mise en danger de ce bastion de la droite était vue comme hors de portée. C’est que ces derniers temps le maire en place était flatté par Paul Vergès lui-même, le
Président communiste de la Région, pour des projets d’aménagement dans l’ouest, à voir les tergiversations autour de l’implantation de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, sans
parler de futures opérations sur la zone de Cambaie. Mieux encore : Jocelyne Lauret, conseillère régionale communiste et considérée comme une proche de Paul Vergès est venue sur la liste de la
droite à Saint-Paul, c’est dire si le président du PCR était loin de voir Alain Bénard perdant lors de ces municipales. À noter que ce dernier mène une opposition plutôt soft à la Région où
l’Alliance des communistes conduit les affaires de la collectivité.
Un premier tour qui a dégagé nettement les deux finalistes :
Forte de ce précédent pour les législatives et ayant eu l’intelligence de surfer sur la vague de Ségolène Royal, les conditions étaient donc réunies pour qu’Huguette Bello réussisse ces
municipales de 2 008. Et tout fut mis en place : L’union des forces progressistes (PCR ; PS ; Verts, et autres petits mouvements) ; le retour d’anciens communistes, sans doute un peu
maladroitement étiquetés « Société civile » ou habilement classés pour peu qu’elle ait voulu faire une meilleure part aux communistes sur sa liste par rapport aux autres composantes
progressistes. Et une détermination à passer dès le premier tour parce qu’elle craignait que la droite ne finisse comme par le passé par se réconcilier complètement au deuxième tour. Mais elle
échoua le 9 mars 2 008 ; elle fut même légèrement distancée par Alain Bénard (42,06 % contre 43,18 %, soit un écart de 463 voix). Mais le résultat fut plus que décevant pour les autres
prétendants : toutes les autres listes se retrouvèrent en dessous de la barre des 5 % - y compris celle de Jean-François Bosviel (3,72 %), qui estimait encore pouvoir contester à Alain Bénard le
leadership de la droite dans cette commune. À l’exception d’un jeune candidat, Thierry Araye (6,49 %), adversaire déclaré du maire en place principalement sur la gestion de problèmes de
proximité, qui mène un combat contre le pouvoir municipal et qui cherche à s’implanter à partir d’une radio (voire d’une télévision) locale en menant un jeu plus ou moins populiste.
Un sprint final haletant entre Alain Bénard et Huguette Bello :
La situation n’était pas franchement à l’avantage d’Huguette Bello après le premier tour : Alain Bénard avait réussi à amadouer Thierry Araye, à bien intégrer sur sa liste son premier lieutenant
(avec l’accord de la tête de liste, bien entendu, c’est la loi qui le veut), bien que d’autres colistiers, les plus militants sans doute, se sont rebellés contre ce choix et ont publiquement opté
pour la candidate de gauche ; de plus, trois autres petits candidats lui ont apporté leur soutien et Jean-François Bosviel a laissé le libre choix à ses électeurs. Tout le monde était dans
l’expectative quant aux transferts des voix pour ce 2e tour, ce qui fait que la première donnée à prendre en compte allait être la progression de la participation – il devait y avoir 7 points de
mieux. Sans savoir qui allait vraiment y puiser plus que l’autre. À l’approche du sprint final Alain Bénard affichait une grande sérénité selon ses partisans, persuadé que son adversaire avait
fait le plein de ses voix au premier tour ; Huguette Bello, entourée des ralliés de Thierry Araye et de ses soutiens de la société civile, répliquait qu’elle ne se sentait pas du tout isolée et
qu’elle était plus que jamais à l’offensive. Si à Saint-Denis et à Saint-Louis une attente particulière enveloppait l’approche du match entre la droite et la gauche, à Saint-Paul le suspense
était plus palpitant encore. Et l’on assista même à une grande première, le dépouillement dans toute la commune étant en fait terminé : alors que la première centaine (en moyenne sur les 122
bureaux de vote) était connue depuis pas mal de temps mais ne permettait pas de prévoir sérieusement un résultat global, que la comptabilisation finale se faisait au bureau central à la mairie du
centre-ville et que les médias avaient déjà commencé à publier pas mal de chiffres partiels, une information a pendant un temps vite circulé sur les ondes : La mairie de Saint-Paul donnait Alain
Bénard vainqueur, mais pour le bureau centralisateur de la Préfecture de Saint-Denis c’était la liste d’Huguette Bello qui l’emportait au finish (50,15 % contre 49,85 %). La surprise était au
rendez-vous dans les deux camps, mais pas au même sens : à la permanence d’Huguette Bello, c’était une ambiance faite de cris de joie et d’embrassades pendant que les militants y affluaient de
plus en plus, tandis qu’à la mairie les supporteurs d’Alain Bénard de plus en plus mal à l’aise s’éclipsaient en lançant parfois : mais ce n’est pas possible ! Si peu de voix d’écart (138) pour
fabriquer une victoire historique ! Il a manqué un tout petit peu plus d’une voix par bureau pour qu’Alain Bénard échappe à la sanction. Et même si ce dernier a fait un recours – sans doute plus
par raison tactique pour donner un espoir au noyau dur de ses partisans – la victoire du camp progressiste a été tout de suite ressentie comme une immense respiration de toute la commune. Même
des électeurs de la droite ont reconnu le lendemain qu’après tout un changement d’équipe ne pouvait pas faire de mal à cette commune.
Huguette Bello, la 2e femme maire à la Réunion :
La députée Huguette Bello est devenue la 2e femme maire à la Réunion après Marie-Thérèse de Chateauvieux qui a dirigé la commune de Saint-Leu de 1 965 à 1 983, à qui elle a adressé un salut dans
le discours qui a suivi son élection vendredi 21 mars 2 008. Beaucoup de militants et de sympathisants avaient fait le déplacement ce jour-là pour se rassembler dans le jardin de la mairie de
Saint-Paul et écouter Mme « La maire ». Ils ont dû éprouver du plaisir à l’entendre déclarer – pas mal d’entre eux pendant des années ont eu à subir l’arrogance de certains responsables de tous
niveaux de l’appareil communal - qu’au départ, il y a l’incontournable respect de la volonté populaire, qui s’appuie sur un idéal de progrès et de justice
sociale. Et aux employés communaux dont certains, de toutes catégories d’ailleurs, étaient présents sur place : on ne vous demandera pas de vous aligner ; toutes les
opinions seront comprises et respectées pour peu que vous soyez loyaux. Et, sans doute, en pensant à tous ces gens qui sont descendus des hauts de la commune pour assister à la
consécration d’une femme de gauche là où un Paul Vergès lui-même a échoué, et de loin, et qui habitent dans des coins en retard de développement : vos quartiers doivent vivre leurs
singularités et en même temps confronter leurs différences dans un enrichissement commun. Mais le message le plus important après cette grande bataille électorale a été sans doute :
vient le temps des travaux communs dans le respect de chacun et la collaboration de tous.
Vient aussi le temps pour la députée maire de montrer que la réalisation de son projet passe obligatoirement par la mise en place d’une nouvelle méthode de gestion de la commune dans laquelle
l’élu doit retrouver la primauté sur l’administratif et/ou le technicien.
Et viendra peut-être le temps, une fois qu’elle aura pris ses marques dans son travail de coordination des différentes composantes du camp progressiste et avancé sur les grandes lignes de son
projet pour Saint-Paul, d’un remodelage de la gauche réunionnaise, puisque sa réussite lui donne les moyens de s’y atteler aujourd’hui, elle qui a su montrer sa capacité à résister, à se libérer
quand il le fallait des pesanteurs de son parti ?